La protection des hérons cendrés n'est pas absolue: les tirs sont tolérés là où ces oiseaux causent des dégâts. Le Service fribourgeois des forêts et de la faune a autorisé quatre pisciculteurs à tuer de manière ciblée quelques hérons cendrés. Appartenant certes à une espèce protégée, ces oiseaux ont causé des dégâts importants dans des exploitations piscicoles et ont donc pu être tirés. En février 2007, l'autorisation d'abattre les oiseaux a été prolongée de deux ans à juste titre. Les organisations de protection des oiseaux et de la nature ont interjeté recours contre cette décision auprès du tribunal cantonal. Elles ont été déboutées. Dans son arrêt, l'instance judiciaire suprême du canton de Fribourg a considéré qu'on ne pouvait pas attendre des pisciculteurs qu'ils tendent des filets contre les hérons friands de poissons, vu le coût de l'opération. Cet argument est tout à fait compréhensible dès lors que « lesdites mesures non létales » supposent très rapidement des investissements se chiffrant par dizaines de milliers de francs.
L'ASPO et Pro Natura n'ayant pas pu accepter cette décision, elles ont recouru au Tribunal fédéral. Les deux organisations avancent comme argument que 1'400 hérons cendrés ont déjà été tirés ces dix dernières années dans les piscicultures en cause, ce qui constitue dans le canton une menace pour cette espèce protégée, selon le communiqué de presse. Cette pratique décimerait plus d'oiseaux que les couples nicheurs n'en engendrent vu que deux jeunes par couple en moyenne parviennent à s'envoler. De plus, les hérons ne se nourrissent pas seulement de poissons, mais cherchent leur pitance dans les champs, par exemple sous forme de souris. Aussi vrai cela soit-il, les poissons - s'il y en a - restent la proie privilégiée des « pêcheurs à plumes ». Espèce non menacée La population des hérons cendrés n'est plus menacée en tant qu'espèce et ne court aucun danger immédiat. C'est pourquoi l'UICN (Union internationale pour la protection de la nature) à Gland/VD a classé il y a deux ans le héron cendré dans la catégorie LC (Least Concern), la catégorie des oiseaux les moins menacés. Il est vrai que la population des hérons cendrés augmente sans cesse depuis 1970. D'environ 400 individus à l'époque, on a passé en Suisse à quelque 1'400 couples nicheurs, à en croire les sources de Birdlife Suisse. Durant le semestre d'hiver 2007/2008, les ornithologues ont recensé environ 1'600 Individus sur les cours d'eau. Les oiseaux qui se tiennent à l'écart des cours d'eau ne sont pas compris dans ce chiffre.
N'oublions pas que le rapport «Graureiher und Fischerei» datant de 1984 prévoyait déjà, sous la surveillance des cantons, les tirs sélectifs de hérons cendrés dans des piscicultures commerciales d'importance. Pro Natura et la Station ornithologique de Sempach faisaient partie du groupe de contact « héron cendré » qui a rédigé le rapport en question. La situation juridique est claire Ce rapport tout comme ses conclusions et ses recommandations sont toujours valables, bien que les protecteurs des oiseaux et leurs alliés souhaiteraient qu'il reste lettre morte. Il en va de même des plans de mesures cormoran. Vu que les bases juridiques tolèrent clairement des tirs sélectifs de hérons cendrés et de harles bièvres, on peut espérer que le Tribunal fédéral décidera que les organisations requérantes ont tort une fois pour toutes.