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Mardi, 16 Juin 2009 12:17

Qu'est-ce qu'une souche rustique?

Favoriser la rusticité des populations de salmonidés devrait, selon les biologistes qui réalisent les suivis piscicoles du canton, répondre à la demande des pêcheurs de voir plus de poissons dans nos cours d'eau. Que signifie exactement ce concept ? Explications :

Que signifie "rustique"? Souvent utilisé en botanique, le terme rustique désigne une espèce résistante et peu exigeante sur la qualité du milieu. En bref, de « culture » facile. Dans le cas des salmonidés, ce terme décrit donc une population résistante aux maladies, aux variations de l'environnement, et performante du point de vue de la reproduction. Le terme rustique ne fait donc pas référence à l’origine du poisson, et l’on peut donc tout à fait se trouver en face d’une truite rustique ne présentant pas les caractères visibles des poissons qui peuplaient à l’origine le cours d’eau. Rustique ne veut pas dire indigène, ni originel...

Quel est l’intérêt d’une population rustique? L’intérêt d’avoir une population de truites rustiques réside dans le fait que par définition, cette population sera capable de grandir ou de se maintenir facilement et sans soutien extérieur. C’est du moins ce qu’on peut espérer en théorie.

Comment faire pour obtenir une population rustique? La première chose à garder à l’esprit est que la capacité de survivre dans une rivière donnée se transmet chez les poissons de manière génétique : on n’a jamais vu une femelle fario apprendre à ses jeunes comment éviter les effets dévastateurs d’une crue centennale ! La deuxième chose à retenir, c’est que les caractères génétiques (les gènes) qui permettent à une truite de survivre ou non dans une rivière ne sont pas transmis équitablement à l’ensemble de la descendance : certains alevins auront hérité des bons gènes et seront donc bien équipés pour la suite, d’autres pas…C’est d’ailleurs également le cas chez les êtres humains : chaque enfant est différent de ses parents (à la différence que chez les êtres humains les gènes ne sont pas si importants : le succès que l’on aura dans sa vie dépend plus de l’éducation que des gènes).

Ce sont donc les crues, les maladies, les prédateurs et en partie le hasard qui ensemble vont exercer l’effet de la sélection naturelle et déterminer quels seront les alevins qui pourront atteindre l’âge adulte et tenter ainsi de se reproduire, en transmettant à leurs descendants les gènes qui ont fait leur succès. Parallèlement, on peut imaginer que parmi ces poissons qui ont survécu, certains auront des gènes qui leur permettront d’avoir plus de descendance que les autres. Là aussi, ces gènes qui assurent le succès reproductif seront transmis à une partie de la descendance, et vont progressivement se répandre dans la population, qui va donc augmenter sa capacité de reproduction.

La sélection naturelle joue un rôle irremplaçable... Le rempoissonnement est donc déconseillé si c'est cette stratégie qui est suivie par les gestionnaires. Mais dans les cas où cette option n'est pas applicable politiquement, il n'y a qu'une solution pour garantir un rempoissonnement ou un alevinage avec des poissons porteurs des bons caractères héréditaires : utiliser les géniteurs du cours d’eau pour produire des alevins, en prenant soin de les changer régulièrement pour éviter tout risque de domestication. Donc il faut favoriser le rempoissonnement uniquement avec des poissons issus des géniteurs de la rivière.

Pourquoi les poissons de pisciculture, quels qu’ils soient, ne sont pas adaptés à cette stratégie ? On l’a vu plus haut, c’est l’environnement qui sélectionne les caractères héréditaires capables d’assurer le succès de la reproduction dans une rivière donnée. Or, en pisciculture, ces caractères-là tendent à disparaître au profit d’autres, bien plus utiles au pisciculteur. Il va par exemple souvent utiliser pour la reproduction les poissons qui arrivent en premier à l’épuisette, et donc les plus agressifs ; ou alors il choisira les poissons qui grossissent le plus vite... Et comme ils sont sélectionnés par le pisciculteur, ce sont ces caractères qui vont se répandre dans la population. Or, ces derniers s’avèrent le plus souvent bien peu performants en milieu naturel... Des études récentes ont montré que les géniteurs sauvages perdent leur rusticité en quelques générations dans une pisciculture…

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