Que de chemin parcouru en onze ans, si l'on songe au rejet de l'initiative sur la pêche IN 108 et à l'acceptation par le peuple à 80% de son contreprojet, si l'on se souvient des nouvelles responsabilités accordées aux pêcheurs via la commission de la pêche dont le rôle a été renforcé, si l'on évoque enfin les nombreux ruisseaux pépinières revitalisés et gérés aujourd'hui par une demi-douzaine de sociétés de pêche! Je n'oublierai bien évidemment pas le programme cantonal de renaturation des cours d'eau qui s'est réalisé tout au long de la décennie, avec son impact décisif sur la qualité des rivières genevoises.
Cet engagement au niveau cantonal a servi d'exemple et contribué au lancement de l’initiative de la Fédération Suisse de Pêche «Eaux vivantes», actuellement en examen au niveau parlementaire. Mais aujourd'hui, au-delà du bilan que je me propose immanquablement de tirer au terme de ces trois législatures de travail en commun avec le monde de la pêche et de la protection de la nature, c'est sur les nouveautés 2009 que je veux me pencher. Les bonnes nouvelles ne manquent pas ! Ainsi, les parcours de pêche sont à nouveau en augmentation. Vous vous souvenez que, en 2005, ce sont les 7,5 kilomètres de l'Aire que nous pouvions réincorporer dans le réseau piscicole cantonal après 23 années d'interdiction de pêche pour cause de pollution (1982) !
Cette année ce sont 8 kilomètres du Foron qui viennent s'additionner à l'offre de pêche genevoise. (...). Les porteurs du permis de pêche en rivière genevois peuvent désormais pêcher depuis la rive suisse du Foron. Une convention a été conclue par l'Etat de Genève avec la Fédération de pêche de Haute-Savoie et l'AAPPMA du Chablais genevois, pour régler les modalités de la gestion halieutique. L'harmonisation des relations avec la France en matière de pêche a aussi permis de répondre à une autre revendication de longue date, celle de coordonner les dates d'ouverture de la pêche sur les principaux tronçons limitrophes de l'Ain et de la Haute-Savoie. Le règlement de la pêche cantonal a été adapté en conséquence. Les pêcheurs genevois ont ainsi accepté de commencer à pêcher sur ces tronçons limitrophes une semaine plus tard, ce qui leur permettra de fêter une deuxième ouverture samedi prochain… Que toutes celles et tous ceux qui ont oeuvré pour aboutir à cette harmonisation soient ici remerciés!
Autre innovation: conformément aux nouvelles exigences au niveau suisse imposées par la récente modification de l'ordonnance fédérale sur la protection des animaux (OPan), les pêcheurs, depuis le 1er janvier dernier, doivent être titulaires d'une attestation de compétence. Cette attestation est délivrée aux nouveaux porteurs du permis de pêche à l'issue d'une formation destinée à parfaire leurs connaissances halieutiques et leur maîtrise des techniques, y compris celles relatives à la mise à mort du poisson. Les joies de la pêche ne doivent pas s'obtenir au détriment de l'animal, car, comme tout être vivant, le poisson mérite notre respect. La formation mise sur pied en collaboration avec la Fédération suisse de pêche, par les représentants des pêcheurs au niveau local et les autorités cantonales, rencontre un beau succès. Même les pêcheurs rompus à l'exercice de leur loisir depuis de nombreuses années s'inscrivent à ces cours, tant leur contenu est riche en enseignements. Et c'est non sans fierté que je constate par ailleurs que Genève est cité en exemple pour avoir été un des premiers cantons romands à mettre sur pied cette formation obligatoire.
Au-delà de la réglementation et de la formation, la pêche ne pourrait s'exercer sans se soucier de la gestion des espèces et de leurs habitats. Les travaux de renaturation réalisés en 2008 et programmés pour cette année ont des conséquences importantes pour les espèces les plus menacées du canton. Je pense bien sûr à la truite et à l'ombre, des poissons fort recherchés par les pêcheurs sportifs, qui profitent des travaux engagés sur l'Allondon et la Versoix, mais aussi au spirlin, petit poisson fortement menacé qui ne survivait plus que dans la Seymaz et qui est en cours de réintroduction dans l'Aire. Cette année, les projets de renaturation des cours d'eau porteront sur:
• l'Aire à Lully, où le chantier spectaculaire, ouvert l'automne passé, va se dérouler tout au long de l'année;
• la Seymaz, avec la traversée de Chêne-Bourg, où le canal va être démoli et les berges revitalisées;
• l'Hermance, entre le pont Neuf et le pont des Golettes. Là, ce sont 900 mètres de cours d'eau canalisé qui seront renaturés.
Enfin, sur la Versoix, la passe à poissons située sous le pont CFF va être reconstruite afin de laisser migrer toutes les espèces présentes, et notamment l'ombre de rivière qui ne pouvait pas franchir cet obstacle. Cette opération concrétise d'ailleurs un voeu cher à la commission de la pêche.
Je ne voudrais pas oublier une rivière qui m'est particulièrement chère, l'Allondon. Je vous rappelle que cette année sera inaugurée la station d'épuration (STEP) du Bois-de-Bay à Peney sur la commune de Satigny. Cette STEP traitera non seulement les eaux usées genevoises de la région de Satigny et de Meyrin, mais aussi celles d'une partie du Pays de Gex (60 000 équivalents/ habitants), soulageant ainsi d'autant la rivière. L'Allondon, gravement polluée depuis des décennies par les rejets d'eaux imparfaitement épurées, devrait retrouver sa limpidité d'antan, et je ne doute pas que les pêcheurs vont bientôt redécouvrir cette magnifique rivière.
Arrivé donc à quelques mois du terme de mon mandat, et au terme de ce discours, ce n'est pas sans émotion que je vous remercie toutes et tous, chers pêcheurs et amis de la nature, pour votre rôle central de sentinelle des cours d'eau et pour l'excellence de nos contacts depuis toutes ces années. Il ne me reste plus enfin qu'à vous souhaiter une bonne journée d'ouverture et une saison de pêche 2009 fructueuse. Et que vivent nos rivières genevoises!
Robert CRAMER , Conseiller d'Etat en charge du département du territoire