Vendredi Juillet 30 , 2010
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Mercredi, 12 Août 2009 21:05

Résolution de la CP

« Des mesures de protection supplémentaires au niveau de la pêche peuvent contribuer à améliorer la situation des salmonidés dans ce cours d’eau. Toutefois, à elles seules de nouvelles restrictions n’auront probablement pas d’effets décisifs car deux autres facteurs limitants majeurs doivent aussi être pris en considération : la prédation par les oiseaux piscivores et la dégradation de l’habitat en relation avec les modifications de l’hydrologie du cours d’eau. »

 

 

Cette citation n’est pas tirée du procès verbal d’une association de pêcheurs, mais bien du très officiel suivi piscicole 2007 de l’Allondon. Elle résume parfaitement la situation cornélienne dans laquelle se trouvent les représentants de la commission de la pêche: ils sont totalement bloqués dans leur action par le manque de données fiables concernant la prédation des harles sur les deux principaux cours d’eau à salmonidés du canton.

Soyons clair, il ne s’agit pas ici de jouer la controverse caricaturale opposant les naturalistes aux pêcheurs, mais bien de placer dans l’espace politique la question légitime de la gestion des espèces. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

En effet, parmi l’ensemble des facteurs qui menacent l’existence des salmonidés, seul l’impact des harles n’a jusqu’à présent pas été traité sérieusement. Ainsi, et grâce à la ferme volonté du Conseil d’Etat, la station d’épuration du Bois-de-Bay sera mise en service prochainement, et devrait permettre d’améliorer grandement la qualité de l’eau de l’Allondon. La qualité de l’habitat a quant à elle fait l’objet d’un vaste panel de mesures : renaturation, gestion des embâcles, libre circulation des poissons, etc.. Enfin, drastiquement régulé, le prélèvement de poissons par les pêcheurs est extrêmement bien connu et analysé chaque année, puisque ces derniers inscrivent de manière détaillée l’ensemble de leurs captures dans les carnets de contrôle. Il est ainsi possible d’identifier rapidement les cas critiques et d’agir rapidement, comme cela a par exemple été le cas durant l’été caniculaire de 2003, où la pêche a été interdite dans l’Allondon.

On le voit, seuls les oiseaux piscivores n’ont pas été inclus dans la vaste réflexion visant à soutenir les populations menacées de salmonidés de l’Allondon et de la Versoix.

Une étude de la DGNP est pourtant en cours depuis 3 ans (!), mais la méthode utilisée (identification du régime alimentaire des oiseaux à la jumelle) ne permettra probablement pas, et c’est là le but recherché diront les esprits chagrins, de mettre fin aux incertitudes.

Pourtant, le concept de gestion des espèces en tant que tel ne semble pas réellement poser problème et apparaît largement accepté par les institutions politiques : il a par exemple été possible de reconnaître l’impact des renards sur les perdrix grises puisque des tirs préventifs ont été effectués juste avant les tentatives de réintroduction de cette espèce. Et au vu de la régulation pratiquée chaque année, l’impact des sangliers sur les cultures a lui aussi du être basé sur des faits avérés et objectifs. Même les lièvres, menacés en Suisse, ont fait l’objet de mesures de gestion parce qu’ils étaient jugés trop abondants sur certains secteurs.

Dans le cas des oiseaux piscivores, l’idée même qu’ils puissent peut-être menacer l’existence d’espèces qui figurent pourtant sur la liste rouge suffit à tuer dans l’oeuf toute proposition visant a améliorer les connaissances sur le sujet. Le manque d’information reflète donc finalement plus un problème de forme qu’une question de fond.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la résolution de la commission de la pêche, proposée par l’ensemble des ses représentants politiques, qui a été envoyée au conseil d’Etat. Ci dessous, le texte de la résolution:

 

RESOLUTION DE LA COMMISSION CANTONALE DE LA PÊCHE
PROTEGER LES SALMONIDES DES COURS D’EAU GENEVOIS

 

Vu les recommandations du suivi piscicole 2007 de l’Allondon ;

Vu les quelques éléments ayant filtrés du suivi piscicole 2007 de la Versoix, dont la publication a été différée ;

Vu les résultats alarmants des pêches de contrôle 2008 sur l’Allondon et la Versoix ;

Vu l’étude sur les oiseaux piscivores ayant débuté en 2005 et dont le résultat a été différé;

Vu les quelques éléments de cette étude transmis à la CP le 27 janvier 2009; Vu les statistiques de la pêche;

Vu les résultats navrants enregistrés depuis l’ouverture de la pêche à la truite cette année;

Attendu que, nonobstant une taille souvent imposante, une bonne partie du peu de truites pêchées portait des traces de blessures par des oiseaux piscivores;

Que l’Etat a pour mission de protéger et maintenir la faune indigène dans des proportions respectant l’équilibre naturel à teneur de l’article 1 de la Loi sur la faune (M5 05). L’équilibre naturel équivaut au respect des populations animales sauvages, soit les unes par rapport aux autres, soit par rapport à elles-mêmes, soit par rapport à leur environnement. (art. 16 règlement LF M5 05.01). Enfin, pour prévenir des dommages ou des nuisances excessifs, et pour diminuer des dangers manifestes, le Conseil d’Etat peut, après épuisement des mesures préventives, et sur préavis de la commission prévue à l’article 178A de la constitution genevoise (Cst), autoriser le département à prendre des mesures régulatrices pour assurer une sélection et un meilleur état sanitaire de la faune ou pour réduire les espèces occasionnant des perturbations ;

Que truites et ombres ne sauraient souffrir davantage de l’expansion des oiseaux piscivores, en particulier le grand cormoran et le harle bièvre;

Que le nombre de ceux-ci n’a cessé de croître dans le canton en parallèle de la très nette diminution des truites et des ombres, alors que des mesures déjà particulièrement contraignantes ont été prises à l’encontre de la pêche afin de protéger les salmonidés (notamment réduction de la taille et du nombre de prises journalières et annuelles);

 

Par ces motifs,

La Commission Cantonale de la Pêche invite

1. Le Conseil d’Etat, le Département et la Commission de l’article 178A Cst à prendre sans délai toutes mesures utiles, notamment par la chasse ou le tir, à l’encontre des oiseaux piscivores, en particulier le grand cormoran et le harle bièvre afin de protéger la truite fario et l’ombre commun des cours d’eau genevois.

2. Le Département à faire régulièrement rapport à la Commission cantonale de la pêche de toutes les mesures entreprises.

3. Le Département à communiquer la présente résolution au Conseil d’Etat et à la Commission de l’article 178A Cst.

 

Genève, le 24 avril 2009

Christophe EBENER Yves MAGNIN

Dernière modification le Mardi, 03 Novembre 2009 09:24
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